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La flotte de Napoléon III - Documents
Les canons de marine russes et français à Sébastopol (3) Claude Millé

… SUITE

Le LV Amet et la batterie N° 6

1. Extrait des Mémoires du maréchal Canrobert

“1854…. Quand le Bayard , mouillé devant 

Sébastopol, désigne un officier pour commander les

hommes de son équipage devant concourir à armer

et garder la batterie  N° 6 , le LV Amet est choisi. La

base de Kamiesh avait été retenue comme centre

de ravitaillement de l'armée française. En se

rapprochant de Sébastopol on trouvait

respectivement les baies de Strelezka, Kersonèse et

la Quarantaine. Entre ces deux dernières est la

position du Fort Gênois .Sa situation dominante

avait attiré l'attention de l'amiral Bruat. Elle

permettait de battre le fort de la Quarantaine et le

bastion du même nom. Le premier de ces ouvrages

devait être attaqué par nos vaisseaux,le second par

nos batteries à terre.....

….on décida d'établir sur les lieux une batterie de

pièces de 50 et d'obusiers de 80 fournis par les

vaisseaux, armés par des marins et protégés par

400 hommes des compagnies de débarquement.

….le 16 octobre 1854 les détachements de marins

se réunirent au point de la baie de Strelezka où

avaient été débarqués 6 obusiers de 80 (1) et 4

pièces de 50…

(1) il s'agit du premier modèle de canon-obusier de calibre 22 cm, le modèle 1827. On l'appela improprement de 80 parce son calibre aurait pu

lui permettre de tirer des boulets massifs de 80 livres. Les premiers qui furent fondus ne portaient pas de support de fronteau de mire venant

de fonderie, on y suppléa en fixant le fronteau de mire avec un cerclage de fer plat, ce qui donnera lieu bien plus tard à des méprises chez les

archéologues non chevronnés

… A la nuit, on chargea les pièces sur les prolonges fournies par l'Artillerie et l'on fit péniblement l'ascension de la côte, en une longue théorie

à laquelle om imposa le silence le plus absolu. Par prudence, l'Artillerie posa les pièces en contre-bas et en arrière du fort Gênois, les

munitions furent placées à l'abri d'un grand mur.. Les pièces mises sur leur affût, il fallut les traîner sur une pente raboteuse pendant environ

200 mètres pour les amener sans à-coups jusqu'au pied de la batterie à l'aide de cordes auxquelles on attelait jusqu'à 200 hommes.....il était

défendu d'employer le sifflet de crainte d'éveiller l'attention des russes...

….l'opération sous la crainte les bombes des russes était d'autant plus dangereuse que ceux-ci connaissaient au mètre près (2). la distance de

la position, abritée du tir direct mais exposée aux tirs plongeants très faciles à régler.. Une bombe tombant au milieu de ces 200 hommes en

mit 10 par terre.....l'artillerie n'ayant pu terminer l'épaulement prévu pour 10 pièces, il n'y en eut que 6 en batterie (2)…

(2) Cette batterie, commandée par le CF Penhoat avait été établie sans qu'on s'en doutât, sur l'emplacement du but du polygone de

Sébastopol, en sorte que, connaissant exactement les distances, les canonniers russes envoyaient presque à coup sûr leurs projectiles sur nos

marins.

….. le 17 octobre, le soleil se leva, radieux. Le signal pour l'ouverture du feu devait être donné à six heures. Mais les russes nous avaient

découvert avant.. En fait, nous n'avons jamais eu en batterie les 5 obusiers de 80 et la pièce de 50 indiqués dans la publication officielle...

… Le 17, donc, le tir des russes était réglé sur nous et nos affûts avaient déjà des horions quand le signal attendu nous permit de riposter..

Nous souffrîmes beaucoup durant cette journée, mais les tués et les blessés étaient vite remplacés, et notre feu ne cessa que sur ordre de

notre commandant en chef...

… Vers midi, les flottes à la remorque de leurs vapeurs s'embossèrent sous une grêle de projectiles, elles attirèrent le feu des forts, qui jusque

là tiraient sur nous et nous pûmes respirer.....

… Le 17 au soir nous n'avions plus une pièce en état de tirer. Un travail acharné prolongé sous les bombes pendant la nuit du 17 et la journée

du 18 nous permit de prendre part au bombardement général du 19. Le Cdt Penhoat fit ouvrir le feu ce jour-là avant les tranchées. Nous

reçûmes une telle riposte qu'en peu de temps toutes nos pièces furent démontées. Vers quatre heures et quart, nous avions réussi à rouvrir le

feu avec la pièce de 50, quand une bombe tomba sur la soute à poudres ; une immense gerbe de poussière et de fumée monta en l'air.. le feu

cessa, mais lorsque l'on voulut se porter au secours des malheureux que l'on supposait enfouis sous les décombres, les obus à fusée

échelonnés dans la tranchée conduisant à la poudrière se mirent à éclater et force fut d'attendre". 

“ L'explosion de la batterie N° 6 n,était pas un accident fortuit. Le tir des russes était très supérieur au nôtre. Il répondait à chacune de nos

pièces avec trois ou quatre de calibre supérieur. Déjà, une deuxième batterie avait eu son feu éteint et la batterie de la marine était presque

détruite sous la pluie de projectiles qui la prenait en enfilade... le feu continua jusqu'à la nuit. Elle fut lugubre, cette nuit, les bombes

tombaient un peu partout, il fallut enterrer les morts, les hommes étaient harassés. Le 21, ordre fut donné d'évacuer le fort Gênois.” (Récit

d'un compagnon d'armes du LV Charles Victor-Eugène AMET (3), le CV -ER Bonamy de Villemareuil)

(3)Blessé à l'épaule le 22 octobre 1854 et à la tête (tympan crevé) le 7 juin 1855, le LV Charles VictorEugène AMET (1824-1902) deviendra CV et

commandera en 1870 le fort de Montrouge, pour terminer contre-amiral.en 1875.

HISTORIQUE DU SERVICE DE L'ARTILLERIE : Batterie N° 6

La batterie N° 6, enfoncée de 0,75m a été construite du 14 au 17 octobre 1854 par

le capitaine Magallon, avec des détachements de canonniers et de matelots.

Emplacement. Elle fut établie à la demande de l'amiral Bruat, dans l'intérieur d'un

vieux fort gênois dont les ruines occupaient le mamelon compris entre la baie de

la Quarantaine et la petite baie en arrière appelée baie du Tir, de la Tannerie ou

de Cherson. Cette position était isolée et éloignée de 2 Km au moins, tant de nos

attaques que des camps le plus rapprochés. De plus, les vues de l'ennemi sur ce

terrain étaient nombreuses, car du fort de Mer au bastion de la Quarantaine, on

avait compté 70 pièces, dont 30 pouvaient battre cet emplacement

Armement. Il avait été fixé à 10 pièces, 4 canons de 50 et 6 canon-obusiers de 80

mais la batterie n'ayant pas été achevée,n'a reçu que 5 canon-obusiers de 80 et 1

canon de 50.

Plate-formes. On construisit des plate-formes à la prussienne (?), inclinées de 25 à

30 cm, avec des pièces de bois de 0,20 à 0,30 cm d'équarrissage, débitées à 2 et à

4m de longueur. Les pièces formant madriers étaient assemblées sur leurs gîtes

par des chevilles.

Magasin à poudre. L'emplacement choisi pour le magasin à poudre était à 60m

environ à gauche de la batterie. La toiture se composait de lambourdes de 0;20m

d'équarrissage. Des peaux trouvées à la Tannerie furent posées à plat sur trois ou

quatre d'épaisseur, entre les lambourdes et la terre dont elles étaient chargées. Le

magasin avait 3m de longueur, 1,50m de largeur et 2m de profondeur. On pouvait

y placer environ 80 caisses de la marine.. Cependant les munitions devaient être

amenées de fort loin (on les débarquait à la bie Streletzka), on établit un dépôt de

poudre dans un des bâtiments de la Tannerie, mais on fut bientôt obligé de

l'abandonner, les bombes ennemies la rendant inhabitable.

Construction. Les travaux commencèrent le 12 octobre au soir et la batterie ouvrit le feu le 17 au matin. Le travail était interrompu chaque

matin et n'était continué de jour que pour la construction de la route qui dut être établie sur le flanc du mamelon, afin de pouvoir monter le

matériel dans l'intérieur du fort.

Travailleurs .Le nombre de travailleurs d'infanterie employés varia de 100 à 300 par nuit. Un détachement de marins concourut en outre avec

les soldats d'infanterie et les canonniers à tous les travaux nécessaires pour l'établissement de la batterie.. Enfin, un bataillon de soutien était

régulièrement fourni pour la garde de cette position isolée.

Ouverture du feu. Effets produits. La batterie N° 6 ouvrit le feu le 17 octobre, n'ayant pu être achevée ni armée complètement pour cette

époque, elle n'a atteint qu'imparfaitement son but. Cependant elle a rendu dans cette journée et le 19 octobre de très bons services qui ont

fait regretter qu'elle n'ai pas eu tous ses moyens d'action. Trop isolée et en butte aux coups directs de plus de 30 pièces de gros calibres et aux

feux croisés d'une vingtaine de mortiers, elle éprouva des dégradations et des pertes sensibles: on comptait le 19 octobre seulement dans le

détachement de la marine chargé du service 8 tués et environ 50 blessés.

 Dans le matériel, sur 6 pièces en batterie: 4 hors de service par l'état de l'affût et une cinquième le tourillon cassé; et en outre deux pièces

démontées en dehors du fort, deux chèvres mises en pièces et le magasin démoli par explosion..

Durée. La batterie fut abandonnée par ordre du général en chef le 20 octobre 1854.

Service. Elle a été servie par les marins débarqués.

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