© Dossiersmarine2 - Copyright 2005-201 - Alain Clouet - contact : www.dossiersmarine@free.fr
La flotte de Napoléon III - Documents
Histoire La marine dans la guerre de 1870
    Ce texte est extrait de la Revue Maritime et coloniale – vol. 31,1871              NOTE préparée  par le département de la Marine et annexée au Rapport fait à l’Assemblée Nationale au nom de la deuxième commission sur « l’état de la marine ».       La mission de la Marine française, dans une guerre contre la Prusse, devait consister à paralyser son commerce sur toutes les mers, poursuivre et détruire ses bâtiments de guerre, à tenter des opérations contre son littoral et à y débarquer une armée.     Pour répondre à ces besoins divers, il fallait renforcer nos stations lointaines, mettre sur le pied de guerre nos escadres cuirassées, tenir prête notre flotte de transports. Combat du Bouvet et du Meteor le 8 novembre 1870 (par Willy Stower)     Les divisions des Antilles, de la côte d'Afrique, des mers du Sud et de la Chine furent respectivement augmentées d'une frégate et d'un aviso; celle de la Réunion reçut l'ordre de se porter sur la Cochinchine et sur les détroits de la mer de Chine ; des bâtiments s'échelonnèrent à l'entrée des détroits des Dardanelles et à Gibraltar. Tous ces mouvements étaient exécutés à la fin de juillet.     Pendant que les avisos des stations navales interceptaient le commerce de l'ennemi sur toutes mers, les frégates et les corvettes se mettaient à la poursuite de ses bâtiments de guerre la Herta et la Medusa furent étroitement bloquées au Japon, l’Arcona aux Açores et le Meteor à La Havane.     De ces quatre navires,un seul, le Meteor, accepta le combat : désemparé de sa mâture après une heure d'engagement, il rentrait au port avec dix hommes tués ou blessés, tandis que son adversaire s'en tirait avec un projectile dans ses chaudières et deux hommes blessés.     Trois frégates et trois canonnières blindées prussiennes se trouvaient dans la Manche au commencement de juillet. Aussitôt que la guerre parut imminente, cette division se retira à la Jahde pour n'en plus sortir. En même temps, les bâtiments de la Baltique se réfugiaient dans le port de Kiel.     La Prusse renonçait donc, au début, à toute lutte sur mer; mais il fallait tenir ses forces maritimes étroitement bloquées, et prévoir la possibilité d'une alliance de la Prusse avec une nation maritime. Notre escadre de la Manche fut en conséquence portée à douze bâtiments, dont huit cuirassés, et elle fit route de Cherbourg pour la Baltique le 24 juillet, sous les ordres de l'amiral Bouët-Willaumez.          Quelques jours après, le blocus était établi sur toutes les côtes allemandes de cette mer, et tous les transports de l'Océan, ainsi que les bâtiments disponibles de la Compagnie transatlantique, étaient prêts à embarquer un corps d'armée, auquel la marine devait contribuer pour dix mille hommes d'infanterie et trois batteries complètes d'artillerie.     Pendant qu'une escadre se dirigeait du côté de la Baltique, une division, composée particulièrement de béliers, de batteries flottantes cuirassées et d'avisos, se réunissait à Cherbourg avec la mission de couvrir l'arsenal contre un coup de main éventuel des forces prussiennes.     Enfin, l'escadre de la Méditerranée, déjà en observation depuis le milieu de juillet à l'entrée du détroit de Gibraltar, ralliait à la fin de ce mois le port de Brest, où elle fut portée au chiffre de 12 bâtiments, dont 8 cuirassés, pour appuyer, selon les circonstances, des opérations dans la mer du Nord, ou pour faire une démonstration dans le Sud.     Trois cuirassés et un aviso restèrent seuls dans la Méditerranée. Ainsi, quelques jours après la déclaration de guerre et grâce à des réserves bien organisées, nos mesures étaient prises partout : les renforts arrivaient aux stations navales; notre flotte de transports était armée, et 4 escadres, formant un total de 24 bâtiments cuirassés, pouvaient répondre à toutes les éventualités.     Les revers furent malheureusement non moins prompts que nos préparatifs, et bientôt il fallut renoncer à tout projet d'expédition dans la Baltique. Le contingent d'infanterie et d'artillerie de marine préparé pour cette expédition, prit le chemin du camp de Chalons, et des renforts, tirés du personnel de la flotte, furent envoyés à Paris. Ces renforts, composés de 10,000 marins canonniers et fusiliers, de 2,200 hommes d'infanterie et de 2,718 hommes d'artillerie, devaient, sous les ordres supérieurs de l'amiral de la Roncière, armer 170 pièces rayées de gros calibre, empruntées aux arsenaux maritimes, et compléter la garnison des forts détachés de la capitale.     En même temps, une flottille composée de 4 batteries cuirassées, 7 canonnières et 6 chaloupes à vapeur s'assemblait sur la Seine, et l’escadre, aux ordres de l'amiral Fourichon, quittait Brest en toute hâte pour aller mettre le blocus devant les ports de la mer d'Allemagne.     Dans la mer d'Allemagne, comme dans la Baltique, des obstacles infranchissables obstruaient les passes des ports et des rivières, et il fut bientôt démontré pour que le rôle de notre escadre se trouvait nécessairement réduit au maintien d'un strict blocus de la Jahde, du Weser et de l'Elbe.     Un mois après la déclaration de guerre, nos croisières des atterrages de la Manche, du Pas-de-Calais, de la Méditerranée et des stations navales avaient déjà dirigé sur nos ports de l'Océan et sur nos colonies près de cinquante prises, et les ports allemands confessaient que leurs pertes étaient énormes, par suite de la cessation du mouvement commercial.     Dès le commencement de septembre, les escadres de la Baltique et de la mer du Nord avaient, l'une et l'autre, essuyé les premiers coups de vent d'automne, et, bien que leurs bâtiments se fussent généralement comportés d'une manière satisfaisante, ils avaient fait des avaries. D'autre part, l'acte de neutralité de l'Angleterre, nous interdisant de relâcher dans les eaux d'Héligoland, forçait nos bâtiments à se ravitailler de charbon en pleine mer au prix d'excessives fatigues, et l'on put, dès le principe, prévoir que ce ravitaillement, devenant impossible, l'escadre se trouverait dans la nécessité de revenir s'approvisionner en France, et par là, de renoncer au blocus permanent. le combat du Bouvet et du Meteor (par Charles Leduc)     En présence de nos désastres réitérés et de la pénurie de personnel qui en était la conséquence, on se demandait avec quelque raison si les marins exercés et fortement disciplinés de nos escadres ne rendraient pas en France plus de services que sur les côtes ennemies, où, par suite de la saison, toute opération militaire ou maritime allait devenir très-difficile, sinon impraticable.     Le doute ne pouvait subsister longtemps les deux escadres furent rappelées. L'une dut se tenir en observation à Dunkerque et dans le Pas-de-Calais; l'autre faire, quand le temps le permettrait, une apparition sur les côtes allemandes, afin d'ôter à l'escadre prussienne jusqu'à une velléité de sortie. Toutes deux mirent à terre la moitié de leurs canonniers brevetés et la totalité de leurs compagnies de débarquement, pour concourir à la défense des approches de Cherbourg qu'une armée ennemie, venant par le nord de Paris, menaçait d'un coup de main.     Quoique fort réduites en personnel, les escadres firent alternativement une croisière aux embouchures de la Jahde et du Weser, et elles éprouvèrent chaque fois des avaries telles, que, vers la fin d'octobre, il fallut renoncer à ces mouvements d'ensemble et se borner à faire croiser dans ces parages quelques bâtiments isolés : des corvettes cuirassées et des avisos furent chargés de ce service; et, pendant qu'une escadre restait en grand'garde dans le Pas-de-Calais, l'autre rentrait à Cherbourg, d'où elle surveillait avec des frégates les côtes sud d'Irlande et protégeait les arrivages d'armes des États-Unis.     Sur la demande du département de la guerre, deux batteries flottantes blindées furent, en novembre, envoyées à Lyon pour contribuer à la défense de la place, et une flottille de 12 petits bâtiments de 1,50 à 1.60 m de tirant d'eau se réunit à Nantes pour coopérer aux opérations de notre armée de la Loire.     La faiblesse des crues et la rigueur des gelées ne permirent malheureusement pas à cette flottille de remonter la Loire, et son rôle se borna à contribuer éventuellement à la défense de Nantes. Quatre petites embarcations à vapeur de 8 mètres de long, qui en faisaient partie, purent seules atteindre Orléans, où, faute d'eau, elles tombèrent aux mains de l'ennemi, lors de l'abandon de cette place en décembre.     Une autre flottille de 8 bâtiments fut, à la même époque, envoyée à l'entrée de la Seine pour appuyer la défense du Havre et protéger, au besoin, l'évacuation de la garnison.     A mesure que l'ennemi s'avançait vers l'intérieur, le département de la guerre adressait à celui de la marine des demandes pressantes de concours pour mettre en état de défense ses places menacées, pour reconstituer son matériel détruit ou capturé, et pour renforcer son personnel d'éléments aguerris : 868 pièces de mer de gros calibres avec leurs affûts et leurs munitions, furent, par suite, dirigées succèssivement sur Carentan, Besançon, Lyon, Belfort, Grenoble, Bourges, Nantes, Orléans, Dunkerque, Confie, etc. ; elles étaient accompagnées de détachements de marins canonniers ou d'artilleurs de la marine, et plusieurs bataillons de marins-fusiliers allèrent rejoindre les armées.     -             En vue d'augmenter ces ressources, et dès qu'il fut bien établi que le commerce maritime allemand était aux abois, le département donna l'ordre à tous les ports et aux stations navales de réduire le nombre des bâtiments en service. Nous pûmes ainsi faire passer de l'état d'armement à celui de réserve 4 corvettes cuirassées, 13 béliers et battenes cuirassées, 3 frégates et corvettes à hélice, 12 avisos ou bâtiments de flottille et plusieurs transports, et nous fournîmes avec les équipages devenus disponibles de nouveaux bataillons de marche.     En même temps, les ateliers des ports militaires recevaient l'ordre d’adapter leur outillage à la fabrication du matériel du département de la guerre : officiers, ingénieurs et ouvriers se portèrent à cette tâche avec patriotisme, et à la fin de l'année les arsenaux étaient tellement absorbés par leurs nouvelles occupations que, plusieurs fois, des réparations urgentes de bâtiments furent retardées et même ajournées.     Les états justificatifs joints à cet exposé établissent qu'au 15 février le département de la marine avait, depuis le commencement de la guerre, et en dehors de l'armement de la flotte et des colonies, fourni à la défense nationale,     1) En personnel :       28.157 (marins) canonniers et fusiliers.       563 officiers de vaisseau, depuis le grade de vice-amiral jusqu'à celui d'aspirant.       20 ingénieurs hydrographes employés aux travaux de reconnaissances des alentours de Paris.       5.087 hommes d'artillerie de marine et 23,420 hommes d'infanterie  de marine (1) faisant un total de 55,818 hommes et officiers.     2)  En matériel tiré des réserves ou fabriqué exprès :      1,032 canons de mer avec leur armement, leurs plate-formes et leurs munitions.      29,300 fusils et carabines      16 millions de cartouches      4 équipages de pont;      400 batteries complètes de 4 et de 12      15 batteries de mitrailleuses      1600 caisses d'approvisionnements      130 affûts de place et de siège      980 roues et essieux de rechange      700 canons lisses de la guerre transformes en canons rayés     Au 1"' février 1871, les ateliers des ports exécutaient, en outre, et devaient livrer avant la fin du même mois au département de la guerre :     40 batteries de 4 comportant 600 voitures;     20 batteries de mitrailleuses comportant 300 voitures;     400 caissons     100 forges     200 chariots     100 affûts de montagne     8,400 caisses d'approvisionnements.     La corvette prussienne Augusta dans la Gironde (lithographie d'Alexander Kirchner)     Le 16 décembre 1870, une corvette prussienne de grande vitesse, l’Augusta, quittait la Baltique avec la mission probable de tenter une croisière semblable à celle du navire confédéré de célèbre mémoire, l’Alabama.     Le 22 ou le 23 décembre, au mépris de l'acte de neutralité de l’Angleterre, il renouvelait clandestinement son charbon dans une baie peu habitée de la côte ouest d'Irlande, tandis qu'une frégate française était à sa recherche du côté de Cork.     Après avoir croisé plusieurs jours sans succès sur les atterrages de Brest, dans l'espoir d'y capturer quelque bâtiment chargé d'armes, l’Augusta fit, le 4 janvier, une apparition hardie à l'embouchure de la Gironde, où le mouvement journalier de nos bâtiments de guerre ôtait toute raison d'être à l'entretien d'une croisière spéciale, et où elle captura deux caboteurs, avec un petit navire de servitude du port de Rochefort.     Quelque infimes qu'elles fussent, ces pertes, les seules de notre commerce maritime, eurent du retentissement. On oublia trop aisément que, durant six mois de guerre, pas un long-courrier, pas un paquebot, pas un porteur d'armes n'avait été gêné dans ses mouvements que les assurances ne s'étaient jamais élevées, et que le même coup accompli par l'Augusta, toujours possible avec des bâtiments de guerre de marche supérieure, s'était produit cent fois durant la guerre d'Amérique sans émouvoir personne.     L'opinion s'est également émue d'une prétendue reprise du service des lignes allemandes entre Hambourg et les États-Unis. C'était une erreur. Cependant deux corvettes rapides ont, en janvier, été dirigées vers les eaux américaines pour tâcher, le cas échéant, d'intercepter ces paquebots.     Dans les premiers jours de janvier, des détachements prussiens commencèrent à se montrer sur quelques points du littoral de la Manche. Les besoins des populations, habituées à recevoir des approvisionnements par mer, nous forcèrent de laisser le mouvement commercial avec l'extérieur suivre son cours, mais, du jour où les apparitions de l'ennemi devinrent périodiques et où l'on put craindre que les marchandises importées par mer ne servissent au ravitaillement de l'ennemi, un blocus strict fut, malgré les réclamations pressantes des autorités locales, établi devant tous les ports.     Telle a été, en substance, la marche successive des préparatifs et des efforts de la Marine dans la guerre contre la Prusse.     Au moment de l'armistice, la situation de la flotte se résumait comme suit :     Nos stations navales étaient maitresses de la mer et nos bâtiments de commerce circulaient partout sans entraves;     Nous comptions au voisinage des côtes de France, et prêts à agir, 34 bâtiments cuirassés, 32 avisos et 10 canonnières, échelonnées sur tous les points intéressants à surveiller;     21 transports opéraient les mouvements de personnes et de matérie) de l'armée entre les diverses parties de notre littoral, en France et en Algérie;     Tous les bâtiments de guerre allemands étaient ou bloqués ou désarmés dans leurs ports     L'Augusta à Vigo     L'Arcona à Lisbonne, où l'absence forcée de la Bellone lui avait permis de se réfugier     La Herta et la Medusa à Yokohama     Le Meteor à la Havane     La division cuirassée à la Jahde, surveillée par notre escadre de Dunkerque.     Tous les bâtiments de commerce ennemis, sauf quelques exceptions, attendaient dans les ports neutres la fin de la guerre.     Enfin, la marine comptait aux armées et dans les places fortes, en marins, artilleurs ou soldats, environ 32,000 hommes, restant des 53,000 qu'elle avait fournis, au commencement de la guerre, à la défense nationale.     Les pertes de son personnel s'élevaient approximativement, déduction gardée des prisonniers de guerre, à 14 ou 15,000 hommes.     A défaut d'une lutte maritime, notre flotte a su accepter la mission d'être le plus puissant auxiliaire possible de l'armée. L'histoire impartiale dira avec quelle ardeur, quelle abnégation, quel esprit d'ordre et de discipline, elle a rempli son rôle, et les hauts faits de nos marins resteront inscrits dans les fastes de cette guerre gigantesque, parmi ceux qui ont le plus honoré !e drapeau de la France.          (1) Les régiments de marche d'infanterie de marine qui figurèrent si brillamment dans la première partie de la campagne, avaient été formés par le rappel des classes 1863 et postérieures, par l'arrivée récente de celle de 1869 et l'appel de la classe de 1870. Ils composaient un effectif de 10,000 hommes, d'abord désignés pour embarquer sur l'escadre de la Baltique, puis envoyés à Châlons et enfin à Sedan. On se souvient de leur belle conduite à Bazeilles; dans cette journée, l'infanterie de marine perdit 2,645 hommes ainsi répartis :                         OFFICIERS           TROUPE.     Blessés                        52                              Tués                             22                   Disparus                      24                                 total :        98                    2,547     Le reste, compris dans les termes de la capitulation de Sedan, fut envoyé en Altemagne. Cependant avec les hommes restés dans les dépôts, il fut possible de former 4 bataillons à 400 hommes chacun qui, sous les numéros 1 à 4 furent immédiatement appelés à Paris.     Dès son arrivée à Tours, M. le Ministre de la marine et de la guerre fit venir de Rochefort la compagnie qui s'y trouvait, et qui devint ainsi le noyau de l’armée dite de la Loire. Successivement élevé à 5 compagnies, le bataillon réuni à Tours, ainsi que deux autres formés à Brest et à Toulon, furent appelés à faire partie de la première brigade de la première division du 15e corps, sous les ordres de M. le général Martin des Pallières. Formés, au début, à l'effectif de     3,200 hommes environ, et accrus ensuite de 800 hommes de renfort, soit en tout 4,600 (sic) hommes, ces 3 bataillons, qui portaient les numéros 5, 6 et 7, étaient réduits à 2,000 hommes, le 11 janvier1871l. C'est alors que furent rassemblés les 8e, 9e, 10e, 11e, 12e, 13e et 14e bataillons de marche. On s'occupait de la formation du 15e lorsque la paix est venue l'arrêter. L'infanterie de marine a fourni de la sorte, à l'armée active, depuis Sedan, un effectif de 13,420 hommes.