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La flotte de Napoléon III - Documents
Histoire L’expédition du Mexique (1861-1867)
Alain CLOUET - extrait de la revue “Histoire de la Marine”, juillet 2007. Notre état-major de la Marine pensait avoir tiré complètement les leçons de la toute récente  guerre de Crimée où les problèmes de transport maritime avaient été la cause de bien des déboires.  Déboires dus à la rivalité entre ministères de la Marine et de la Guerre, le premier assurant le  transport des 30.000 hommes de l'expédition, l'autre assurant le transport des matériels. Mais aussi  déboires dus à la faiblesse de notre flotte logistique. Aussi dans les années qui suivirent, de  nombreux navires de transport furent mis en construction.  La décision de l'empereur Napoléon III d'envoyer un corps expéditionnaire au Mexique, fut  ainsi l'occasion pour la marine de démontrer la justesse de ses vues. Elle obtint même le privilège de  diriger le corps expéditionnaire et de fournir la totalité des troupes (ce qui ne dura pas longtemps !).  A cet effet, le contre-amiral Jean Jurien de la Gravière est nommé en octobre 1861, commandant de la division navale du Golfe du Mexique. Son état-major se compose alors de son chef  d'état-major (Thomasset), d'un aide de camp (capitaine d'état-major Capitan), d'un commandant du génie (capitaine Lebescond de Coatpont), d'un commandant du parc d'artillerie et du convoi, faisant fonction de prévôt (capitaine de frégate Lagc), et d'un chef des services administratifs (commissaire adjoint Duval). Composition du 1er convoi Il prend la tête du premier convoi qui va se regrouper à Ténériffe le 13 novembre après que le Masséna et l'Aube se soient déroutés pour embarquer des chasseurs d'Afrique à Oran. Il fera escale à la Martinique, puis à la Havane, pour débarquer à Vera-Cruz. De nombreux convois vont suivre pour amener les troupes (40.000 hommes dans la seule année 1862) demandant un effort sans précédent de la marine (20.000 présents fin 1863 dont 2.200 des troupes de marine).  Jurien de la Gravière sera nommé vice-amiral en janvier 1862, ce qui lui permettra d'exercer le commandement des forces de terre et de mer au Mexique. Il dirige peu de temps après le débarquement  de Vera-Cruz et signe le 19 février  la convention de Soledad dont le but est d'obtenir un règlement pacifique du conflit entre les alliés (anglais, français et espagnols) et les mexicains. Il part en France pour faire ratifier cette convention par Napoléon III. Ce dernier, mal conseillé, refuse cette offre, remplace Jurien de la Gravière par le général Forey et va débuter ainsi son long mais inévitable embourbement sur le sol mexicain.  Le 1er mai blocus de Tampico et Alvarado par la marine. Le 17 mai 1762, les canonnières Dryade et Marceau canonnent Campêche. Toujours la même année la canonnière Grenade capture une goélette devant l'île de Carmen. L'amiral Jurien de la Gravière est de retour au Mexique en juillet, à bord de la Normandie, comme simple commandant de l'escadre du Mexique. Le 22 novembre il dirige l'attaque de Tampico avec le Masséna, la Grenade, et la Normandie. Des canonnières sont envoyées en renfort au Mexique pour satisfaire la demande du général Forey  Les 7 et 8 janvier 1863, embarquent à Alexandrie sur le transport Seine arrivé de Toulon avec quelques 400 égyptiens (en réalité des noirs du Soudan) "cédés" à la France par l'Egypte. Cette même année arrivent de France la Bellone et la Sèvre. En avril, la Dryade rentre en France avec l'amiral Jurien de la Gravière. Il est remplacé par le contre-amiral Bosse comme commandant de l'escadre du Mexique. Ce dernier a pour mission principale le blocus des 250 milles de littoral, dans des conditions climatiques épouvantables (déjà 1.000 morts de maladie chez nos marins !).  Le 22 janvier 1864, la capitulation de Campêche est signée à bord du Magellan. Le commandement décide de réduire les forces navales à une simple division.  A partir de août 1864, le capitaine de vaisseau Cloué prend le commandant de la division navale du Mexique (promu capitaine de vaisseau en août 1962, il commanda le Magellan de décembre 1863 à mai 1867). Il a sous ses ordres, outre le fait qu'il commande le Magellan, la frégate à vapeur Darien, les corvettes à roues Colbert et Forfait, l'aviso Brandon (Cdt de Jonquières), les canonnières Sainte Barbe, Pique, Tourmente, Flèche, Tempête, Tactique, Adonis (Cdt Miot) et Pizarro (Cdt de Rozières), les transports Amazone, Entreprenante et Drôme, ainsi que les transports-écuries Eure, Jura, Ardèche, Finistère et Allier. Les Bellone[1], Darien, Colbert et Drôme sont dépêchés sur le Rio Grande devant Bagdad pour un débarquement. Le Darien sera  rapidement remplacé par la corvette à vapeur Tisiphone.  L’espédition du Mexique (L’Illustration, 1862) Pendant ce temps, le 15 octobre, le CA Bosse appareille avec la Bellone pour New-York pour recevoir des mains de l'amiral Reynaud son nouveau commandement : "Commandant supérieur de la marine dans le golfe du Mexique". L'empereur estime en effet inutile de maintenir une escadre au Mexique. Et c'est Cloué qui va devenir "Commandant de la Marine dans le golfe du Mexique". Le rôle de la marine est maintenant cantonné au transport des troupes, des approvisionnements et à la protection du littoral.  Il n'empêche que ses navires continuent de déployer une activité importante. C'est tout d'abord la libération de Tuxpam, grâce au tir des canons du Forfait, embarqués pour l'occasion sur les canots de la corvette. Cette opération va durer trois jours, du 17 au 19 octobre. A son issue, le Forfait appareille, confiant la protection de la ville à la canonnière Pique jusqu'à la fin novembre. Le relais sera pris par la corvette à roues Colbert. Le 21 février 1865, nouvelle attaque de la ville, le Colbert débarque trois équipes commandées par les enseignes de vaisseau  Fenaux (14 hommes), Le Tesson (14 hommes) et le capitaine de vaisseau Joubert (8 hommes). Malgré cela, la garnison mexicaine s'effondre et seul l'équipe de Joubert arrive à rejoindre le bord. Très inquiet pour ses deux équipes restées à terre, Joubert demande à la corvette autrichienne Novara ancrée sur rade, d'appareiller pour demander des secours au Magellan qui stationne à Vera-Cruz. Inquiétude non justifiée, car les deux équipes restées à terre arrivent à repousser les troupes républicaines vers dix heures du soir, après des combats qualifiés"d'héroïques" à l'époque. Dans les jours qui suivent, le commandant Cloué arrive avec la Pique, le Tactique et le Forfait alors que les assaillants sont partis…  Pendant ce temps, sur la frontière américaine,  à la fin de 1864, que la marine française allait  apporter une aide décisive au sauvetage de la ville frontalière de Bagdad sur le Rio Grande. Cette ville, défendue par les 2.000 hommes du colonel Meija, fidèle à l'empereur Maximilien, subissait la pression des américains très favorables aux républicains mexicains[2]. Le Var, le Magellan et le Tactique, vont débarquer 500 soldats et 140 artilleurs. En début d'année  1865, la situation se dégrade à nouveau  quand les nordistes chassent les sudistes de la région et massent 40.000 hommes à la frontière. Sur le reste du front, en avril 1865, les navires suivants sont affectés à la protection des villes : -          La Frontera : Tourmente, Conservator. -          Alvarado : Tempête. -          Carmen : Brandon, Louise En juin le Brandon parvient à mettre en fuite les assaillants de Carmen. Le 25 septembre 1865, Le CV Cloué renforce la ville de Bagdad avec l'Adonis, le Magellan, le Tactique et le Tartare ; puis s'y ajoute l'Antonia en novembre. Le 8 octobre c'est au tour de la ville de Matamoros d'être attaquée par les 3.000 hommes de l'armée d'Escobero. Le commandant Cloué remonte le Rio Grande avec le Magellan, l'Adonis, le Tartare et le Tactique pour arriver sur place le 6 novembre. Pour faciliter les manœuvres dans les eaux peu profondes de la rive du fleuve, il affrète l'Antonia, un petit vapeur de rivière, qu'il arme avec un canon de 12 et un canon rayé de 4, et qui va emporter 50 hommes sous les ordres de l'enseigne de vaisseau de La Bédollière. A tout cela, le général Bazaine ajoute deux colonnes en renfort respectivement commandées par le colonel d'Ornano et le général Jeanningros ainsi que l'Allier pour débarquer 300 Autrichiens, 20 Mexicains et 60 chevaux à Bagdad le 20 novembre. Deux autres vapeurs sont être affrétés dans les mêmes conditions que l'Antonia : l'Alamo (EV. Maréchal) et le Camargo (EV Le Moine) Le 4 janvier 1866, profitant du départ de l'Adonis, du Tartare et du Tisiphone, Escobedo, appuyé de régiments noirs américains, attaque le village. Alors que Mexicains et Autrichiens se replient sur leur navire, les 30 marins de l'Antonia assurant leur couverture. Le général nordiste américain Wetzel envoie 150 hommes pour rétablir l'ordre en occupant le village tenant à leur merci les hommes rassemblés sur l'Antonia. Après une protestation de l'amiral Cloué, le village est libéré le 25 janvier. Le 22 mars, Cloué appareille de Vera Cruz avec 4 canonnières et 1 chaloupe pour prendre Tlacotalpan sur le fleuve Alvarado. En mars et avril 1866, le CV Cloué va recevoir le renfort des avisos Adonis et Tartare, et de la corvette à vapeur Tisiphone. En juin, une double colonne de 2.000 hommes part en renfort de Monterrey. Une première moitié s'arrête pour cause de maladie, les 300 hommes de la seconde sont attaqués le 15 juin à Camargo par 5 000 Mexicains et mercenaires états-uniens. Seuls 150 hommes parviendront à Matamoros où le loyaliste Meija, se voyant désormais dans l'impossibilité de tenir la ville fait évacuer les 400 hommes qui lui restaient sur l'Adonis vers Vera Cruz.              expédition du Mexique par Vincent Cordouan (1863) Deux autres opérations amphibies eurent lieu au cours de la même période. Le 30 janvier les troupes libérales de Mendez menacent la ville de Tampico protégée par le seul Brandon. La ville tombera finalement le 1er août. La garnison française de la ville résiste cependant. Le 5, le commandant Cloué appareille avec l'Adonis, le Tactique, la Diligente et le Mosquito pour tenter de sauver la garnison. Il va remonter le fleuve et réussir à récupérer la garnison. L'autre opération est directement initiée par Bazaine qui décide le 4 mars d'attaquer la ville de Tlacotalpam et en confie la direction à Cloué. A la tête des Tempête, Pique, Tactique, Diligente, et de la chaloupe à vapeur Augustine, il va prendre la ville le 24 mars 1866. Le 3 avril 1866 est publié au Moniteur Officiel, le calendrier d'évacuation des troupes françaises du Mexique. Le travail du commandant Cloué sera dès lors d'organiser cette évacuation qui est une énorme opération logistique compte tenue de l'époque. La marine va devoir embarquer 28.755 hommes dont 800 malades et 351 chevaux et mulets pour leur faire traverser l'Océan Atlantique. On enverra de France l'escadre cuirassée pour protéger ces convois, représentant une trentaine de navires de guerre, ainsi que 7 paquebots réquisitionnés. Les opérations proprement dites de rembarquement commenceront le 18 décembre pour s'achever le 12 mars.  Ainsi s'achève cette période discrète, au cours de laquelle la marine de l'empereur Napoléon III a pu montrer sa remarquable efficacité dans le domaine des opérations amphibies et logistiques. C'est probablement l'une des causes de l'intérêt des politiques pour notre marine dans les années qui suivirent. Alain CLOUET   Bibliographie :    Avenel, Jean - La campagne du Mexique – Economica, 1996    Buchard, H - L'amiral Cloué – Paris, Delagrave, 1893    Guichoux - L'histoire des chantiers navals de Bordeaux – CD ROM, Mémoire de Bordeaux, 2004  Niox - Expédition du Mexique – 1874    Rey - L'expédition du Mexique – cours de l'Ecole de Guerre Navale (session 1925-26) (SHM Brest – E092)    Lecaillon, J.F. - Napoléon III et le Mexique - 1994    Rivière, Henri - La marine française au Mexique – Revue des deux Mondes, 1881 (janv, fév, mai)  Taillemite, Etienne - Dictionnaire des marins français – Taillandier, 2002    Thomas (Général) - Les français au Mexique - 1891    Tulard, Jean – Dictionnaire du Second Empire – Fayard, 1995

Calendrier du rapatriement du corps expéditionnaire français

18 décembre 1866, Floride, paquebot, 936 hommes, 18 janvier 1867, Impératrice-Eugénie, paquebot 774 hommes, 20 janvier, Rhône, transport, 1038 hommes. (Belges), 14  février, Nouveau-Monde, paquebot, 750 hommes 17 février, Yonne, transport, 671 hommes. 18 février, Saône, transport, 603 hommes. 18 février, Nièvre, transport, 1020 hommes. 19 février, Drôme, transport, 1153 hommes. 19 février, Pomone , frégate, 515 hommes, l cheval 21 février, Allier, transport, 844 hommes, 6 chevaux et mulets (Autrichiens) 22 février, Var, transport, 1024 hommes, 12 chevaux et mulets (Autrichiens.) 24 février, Tampico, paquebot, 1008 hommes, 12 chevaux et mulets 25 février, Ardèche, transport, 1229 hommes, 12 chevaux et mulets 26 février, Calvados , frégate, 860 hommes, 12 chevaux et mulets 27 février, Aveyron, transport, 1181 hommes, 12 chevaux et mulets 27 février, Tarn, transport, 1196 hommes, 62 chevaux et mulets 27 février, Vera-Cru­z, paquebot, 753 hommes 28 février, Masséna, vaisseau, 1150 hommes. 12 chevaux et mulets 28 février, Cher, transport, 12 hommes, 12 chevaux et mulets, 'artillerie. 1 mars, Eure, transport, t 195 hommes. 10 chevaux et mulets 2 mars, Garonne, transport, 513 hommes 4 mars, Ville-de-Bordeaux, vaisseau, 1084 hommes. 2 chevaux et mulets. 4 mars, Ville-de-Lyon, vaisseau, 1076 hommes. 6 mars, Fontenoy, vaisseau, 1201 hommes. 8 mars, Cérès, transport, 959 hommes. 8 mars, Mégère, aviso, 6 hommes. (Nouvelle-Orléans). 9 mars, La Duchay, aviso, 22 hommes.        . 9 mars, Charente, transport, 23 hommes. Matériel d'artillerie. 10 mars, Intrépide, vaisseau, 1257 hommes, 210 chevaux et mulets. 11 mars, Bayard, vaisseau, 987 hommes 11 mars, Durance, transport, 12 hommes. (Matériel) 12 mars, Souverain, vaisseau, 657 hommes 12 mars, Aube, transport, 204 hommes. 12 mars, Castiglione, vaisseau, 1033 hommes. 12 mars, Navarin, vaisseau, 1174 hommes. 12 mars, Seine, transport, 365 hommes.     12 mars, La Floride, paquebot, 235 hommes 12 mars, La France, paquebot, 35 hommes.  Soit un total de 28.755 hommes et 375 chevaux et mulets